Carl Lewis, le champion intérieur : rencontre avec Sri Chinmoy

Extraits de « Sport et Méditation » de Sri Chinmoy, aux Editions La Flûte d’Or

carllewisckg
Carl Lewis et Sri Chinmoy à Houston, USA, 1998

Carl Lewis (États-Unis), né le 1er juillet 1961, devint l’une des plus grandes stars de l’athlétisme de tous les temps. Sa carrière couvre les années 1979 à 1997 et comprend neuf médailles d’or olympiques et une d’argent. Sa performance aux Jeux Olympiques de 1984 lui rapporta quatre médailles d’or dans le 100 mètres, 200 mètres, saut en longueur et le relais quatre fois 100 mètres- un accomplissement égal à celui de Jesse Owens aux Jeux Olympiques de 1936.

1ère rencontre

Carl Lewis rencontra Sri Chinmoy pour la première fois le 11 novembre 1983 ; ses recommandations et ses conseils pratiques l’on aidé tout au long de sa carrière olympique. De même que Sri Chinmoy devint son entraîneur intérieur pour la concentration et la méditation, il devint l’entraîneur extérieur de Sri Chinmoy pour le sprint. Après sa carrière olympique, ils ont conservé une très grande amitié.

Ma relation avec Sri Chinmoy a débuté sur le plan spirituel parce qu’il était tellement puissant, tellement aimant, positif et inspirant. Notre rencontre a été un événement positif qui m’a aidé dans mes relations, notamment avec mon club et mes coéquipiers. Plus tard, il m’a inspiré à continuer, en tant qu’athlète. Lorsque j’ai vu Sri Chinmoy soulever des poids, soulever des voitures à son âge, j’ai ressenti que je devais évoluer en tant que personne et en tant qu’athlète.

« J’ai lu beaucoup de choses, mais il y a une chose en particulier qui reste imprimée dans mon esprit, c’est la manière dont Sri Chinmoy dit toujours qu’il faut aller de l’avant, être en avant. J’ai la chance de voir cela parce que comme athlète, j’ai eu des moments merveilleux et des moments difficiles. Mais tant que nous restons concentrés devant nous, nous sommes toujours capables de faire ce que nous avons à faire dans la vie. »—Carl Lewis

Au début de la saison olympique de 1984, Carl Lewis rencontra Sri Chinmoy pour apprendre la concentration et la méditation.

Carl Lewis : Je vous disais que la concentration et la méditation m’ont toujours été étrangères. Je ne pensais pas que je pouvais m’asseoir, méditer et être totalement détendu. Qu’est-ce qui prépare le chemin pour la vie intérieure ?

Sri Chinmoy : Pour trouver l’homme intérieur, vous devez marcher sur la voie du cœur où se trouve le véritable amour, la véritable paix, la véritable lumière et la véritable félicité. Ce dont vous avez besoin maintenant, c’est de la méditation. Si vous n’aviez pas votre force de concentration, vous ne seriez jamais devenu l’homme le plus rapide. Vous avez cette force. À chaque instant, j’observe le pouvoir de votre concentration dans votre vie. Mais maintenant, vous devez développer le pouvoir de la méditation, qui est la paix infinie. Si vous méditez régulièrement, vous gagnerez assurément le pouvoir de la méditation, comme le pouvoir de concentration.

La concentration nous donne la victoire. Mais la méditation nous donne la joie et la confiance. Après avoir atteint la victoire, une forme de peur peut entrer dans notre esprit, une peur de peut-être ne pas avoir autant de chance le lendemain. Aujourd’hui vous avez gagné ; vous êtes tellement heureux. Mais quelques minutes plus tard, il se peut que vous pensiez : peut-être que Calvin Smith fera mieux au prochain meeting. Peut-être qu’après-demain, je ne serai pas aussi performant. Même lorsque la concentration apporte la victoire, vous avez toujours peur de ne pas être aussi performant, ou d’être dépassé par quelqu’un. Il est donc très important d’avoir la puissance de la méditation, qui empêchera le doute de vous attaquer et de vous dérober votre joie. Lorsque vous gagnez avec le pouvoir de la méditation, vous avez gagné pour l’humanité, et cette victoire dure pour toujours.

Préparation pour les Jeux Olympiques de 1984

Sri Chinmoy envoya ce message à Carl Lewis le 18 février 1984, à une période où le champion athlétique rencontrait quelques difficultés dans les épreuves de stade.

Quand vous courez, essayez de ressentir que vous êtes pourchassé plutôt que tiré en avant par quelque chose ou quelqu’un. De cette manière, vous irez plus vite. Si quelqu’un vous pourchasse, votre vitesse sera plus rapide que si quelqu’un se tenait devant vous, et vous tirait vers lui avec une corde. Si vous ressentez qu’un aimant vous tire vers la ligne d’arrivée, vous courez vite ; mais vous courrez plus vite si vous ressentez que quelqu’un vous pourchasse et si vous courez pour sauver votre vie. Imaginez qu’un tigre féroce galope juste derrière vous et qu’à tout instant il peut vous dévorer. Vous connaissez la rapidité d’un tigre ! Alors vous courrez pour votre vie si précieuse et vous courrez au plus vite.

Reprise de confiance pour les JO de 1988

Conversation de Sri Chinmoy avec Carl Lewis le 3 mars 1988 .

En ce qui concerne le saut en longueur, ressentez toujours que vous avez la possibilité de devenir le champion olympique. Ne vous laissez pas intimider, ne serait-ce qu’une seule seconde, par l’idée : «  Peut-être ne le serai-je pas. »  Ce peut-être doit disparaître totalement de votre esprit. En fait, ressentez que vous l’avez déjà fait. Chaque fois que vous faites un essai au cent mètres ou au saut en longueur, ressentez que vous l’avez déjà fait. Vous courrez alors avec cette forme de confiance, et vous sauterez avec cette forme de confiance. Ne pensez pas, ne serait-ce qu’une seconde, aux autres coureurs, aux autres sauteurs. Non, non ! Vous n’avez pas le temps de penser aux autres ni d’entendre parler d’eux. Ce n’est pas que vous ne les aimez pas. C’est simplement qu’à chaque fois que vous pensez à eux ou que vous en entendez parler, très souvent des pensées désagréables ou distrayantes vous assaillent. Alors ne pensez pas aux autres. Ressentez simplement que vous êtes vous-même votre propre rival le mieux placé.

J’ai tellement confiance en vous. Mon souhait le plus cher serait que vous ressentiez cette confiance en vous-même lorsque vous courez et sautez, parce que vous devez savoir que votre confiance est votre vitesse la plus rapide ; votre confiance est votre plus long saut. Et cette confiance apparaîtra au grand jour grâce à votre vie de prière et votre vie de méditation. Chaque fois que vous priez et méditez, ressentez simplement que vous vous transcendez. Et une fois que vous aurez commencé à vous transcender, personne ne pourra arriver à votre niveau. Vous serez toujours à votre hauteur suprême.

2 ou 3 heures d’entraînement et 5 minutes de méditation matin et soir

Chaque jour, vous passez deux ou trois heures à vous entraîner en course et en saut. Si chaque jour, vous pouvez également prier et méditer ne serait-ce que cinq minutes le matin et le soir et, si possible, à midi aussi, cela vous aidera beaucoup. La prière est votre force intérieure et votre puissance intérieure, et cette puissance intérieure est infiniment plus forte que n’importe quelle force extérieure.

Quand je regarde le poids de sept-mille livres que j’ai soulevé, je suis le premier à ne pas croire ce que j’ai fait. Si j’utilise mon mental, je serai moi-même celui qui doute le plus de moi. Mais je sais que c’est le Suprême en moi qui l’a fait parce qu’Il a voulu S’exprimer de cette manière en moi et à travers moi. Dans votre cas, c’est exactement la même chose. Vous ne le voyez pas parce que vous n’avez pas encore la vision intérieure qui vous permet de voir l’invisible. Mais lorsque nous développons notre vision intérieure, nous voyons bien que Dieu qui est infini, éternel et immortel, progresse Lui-même en nous et à travers nous. À chaque instant, Il n’a qu’une seule hâte, c’est de nous aider. Malheureusement, nous ne nous reposons tout le temps que sur nos propres capacités. Nous pensons pouvoir tout faire, mais les capacités que nous avons sur le plan physique ne nous aident pas toujours. En devenant Son instrument et en Lui permettant de Se manifester en nous et à travers nous, nous recevrons aussitôt une immense confiance.

Chaque fois que vous venez, je vous offre mon sentiment d’unité sous la forme de conseils, mais je vous en prie, ressentez que mon affection et ma sollicitude pour votre succès est sans limites, sans limites, sans limites. Ainsi, où que vous  alliez – que ce soit au Texas, en Allemagne ou ailleurs – je vous en prie, priez trois fois par jour avec une ferveur intense. Il est particulièrement important de le faire avant les Jeux Olympiques. C’est comme pour un élève. L’élève étudie toute l’année, mais avant l’examen, il travaille dur, très dur, le plus dur – avec plus de diligence, plus de ferveur qu’avant.

Carl Lewis : J’aimerais simplement vous dire que c’est une période spéciale et une année spéciale pour moi. Je crois vraiment que c’est une année qui me fera mettre en œuvre tous les outils dont je dispose pour être le meilleur. Je veux faire plus que vous remercier pour la motivation que vous me donnez, pour votre compréhension constante de mes besoins  et leur satisfaction, et enfin pour me donner de l’énergie quand j’en ai besoin.

Sri Chinmoy : La vie extérieure est limitée mais la vie intérieure est sans limites ; l’énergie intérieure qui provient de la Source est sans limites. En même temps, la vie extérieure peut aussi devenir illimitée, si elle établit son unité inséparable avec la vie intérieure. Vous parliez à l’instant de l’énergie. Cette énergie est inépuisable ; elle est sans naissance et sans mort. Mais il n’y a qu’une seule manière d’accéder à cette énergie : par la prière et la méditation. Il n’y a pas d’autre manière. Pour accomplir quelque chose de concret dans la vie, il peut y avoir plusieurs manières de le faire. Mais s’il s’agit de quelque chose de vraiment significatif, de durable, d’éternel – un succès, un progrès importants, ou encore une gloire importante que vous voulez offrir à Dieu – vous devez alors faire venir en avant cette énergie intérieure. Dans le monde intérieur, elle est à notre disposition, mais la plupart des gens ne prennent pas la peine de la faire venir en avant. Ceux qui le font sont capables d’offrir quelque chose de très spécial à la fois à l’humanité et à la divinité.

Je suis très, très content que vous ayez fait de la vie intérieure une partie intégrante de votre existence. Alors je vous en prie, je vous en prie, priez et méditez chaque jour – seulement cinq minutes le matin et le soir et, si possible également à midi. Ce que je vous demande, c’est de plonger profondément en vous, et de faire venir en avant votre énergie illimitée de votre vie de prière. Le succès vous appartiendra entièrement.

La finale du 100 mètres aux JO de 1988

Sri Chinmoy se rendit à Séoul en Corée, pour voir Carl Lewis disputer les Jeux Olympiques de 1988. Il le rencontra à Séoul le 25 septembre, le lendemain de sa défaite à la finale du cent mètres. Dans une course épique, Carl Lewis, le champion en titre du cent mètres, fut défait par Ben Johnson. Comme l’année précédente à la finale du championnat du monde à Rome, Carl Lewis fut ébranlé par le départ fulgurant de Ben et il lui jeta à trois reprises un coup d’œil, n’en revenant pas de ce départ rapide, énorme. Johnson gagna en 9,79 secondes, un nouveau record du monde, alors que Carl Lewis fit un temps de 9,92 secondes. Trois jours plus tard, Johnson fut testé positif aux drogues, sa médaille lui fut confisquée,  Carl Lewis reçut la médaille d’or et fut crédité d’un nouveau record olympique.

Sri Chinmoy : Maintenant, s’il vous plaît, dites-moi, pourquoi vous – un champion du monde- avez jeté un coup d’œil à votre droite au bout de 75 mètres ? Même un débutant, un novice, aura reçu la recommandation de ne pas faire cela . C’est une erreur vraiment déplorable ! J’étais tellement triste quand je vous ai vu le regarder. Au départ, votre but était devant vous, et ensuite, vous avez changé votre but. Il est devenu votre but au lieu de la ligne d’arrivée. Vous avez une telle détermination, une telle volonté de pouvoir que vous auriez pu aisément batailler jusqu’à la fin. Mais au lieu de cela, vous n’avez pas maintenu votre volonté inébranlable, et au bout de soixante-quinze mètres, vous avez abandonné. Comment cela a-t-il pu se passer ?

Carl Lewis : Je n’ai pas d’explications. Lorsque j’ai vu qu’il était tellement loin devant, j’ai été choqué pour la première fois. Vous avez raison.

Sri Chinmoy : Je vous le dis, jusqu’au tout dernier moment, rien n’est décidé. Dans la boxe, il y a douze rounds. Même si quelqu’un mène aux points après le onzième round, vous pouvez encore le mettre KO dans le douzième round. Et c’est fini ! Si vous le mettez KO, les points ne comptent pas. De la même manière, peu importe la distance qui vous sépare d’un coureur devant vous, la seule chose qui compte, c’est celui qui va toucher le ruban le premier. L’objectif n’est gagné qu’à ce moment là. Disons qu’il a remporté les premiers rounds. Mais ces rounds ne veulent rien dire. Si vous êtes déterminé à l’achever dans le dernier round, alors pourquoi vous inquiéter des tous premiers rounds ?

Je dis tout cela pour convaincre votre mental. Peu importe de combien de mètres votre adversaire vous précède, dès que vous le regardez, vous entrez dans sa conscience et vous perdez votre propre conscience. Vous êtes surpris et choqué qu’il soit devant vous. Mais quand vous êtes choqué, vous invoquez une sorte de force qui entre en lui et l’aide. Alors que si vous ne pensez qu’à votre but, alors vous entrez dans la conscience de Dieu et Dieu vous aide. C’est comme ça. Lorsque vous pensez à votre adversaire – même si c’est pour vous demander comment vous allez le battre – une petite portion de votre détermination va vers lui et s’additionne à sa capacité. Mais si vous ne pensez qu’à votre but, alors Dieu vient augmenter votre détermination.

C’est facile pour moi de parler mais je souhaite simplement vous exprimer ma sympathie, et vous rappeler que la prochaine fois, même si quelqu’un vous devance de quatre mètres, cette personne n’est pas le but. Votre but reste la ligne d’arrivée.

La terre a un cœur

Le 24 juin 1989, alors que Carl Lewis était à Paris pour des rencontres athlétiques importantes, Sri Chinmoy se trouvait également à Paris pour donner un Concert de Paix. Carl Lewis se souvient d’une conversation qu’il eut avec Sri Chinmoy lorsque le maître spirituel lui rendit visite à son hôtel

Carl Lewis :  Jusqu’à aujourd’hui, je pensais que j’avais entendu toutes les excuses possibles pour avoir couru une mauvaise course, échoué dans nos expectatives ou simplement raté un record du monde. Mais ce matin-là, j’entendis une nouvelle explication : la Terre avait un cœur, et notre équipe de relais n’avait pas été suffisamment longtemps en France pour pouvoir ressentir ce cœur et se sentir bien avec lui avant la course.

L’explication venait de Sri Chinmoy, qui était à Paris pour une nouvelle tournée pour promouvoir la paix mondiale. J’ai été content quand j’ai entendu qu’il était là, parce qu’il souhaitait rencontrer mes coéquipiers et c’était là une bonne occasion. Dans le hall d’entrée de notre hôtel, Joe Deloach, Floyd Heard, Leroy Burrell et moi-même avons rencontré Sri Chinmoy. Il fut étonné d’apprendre que nous étions arrivés un seul jour avant notre course.

« Cela explique pourquoi vous n’avez pas remporté le record du monde », dit Sri Chinmoy, égrenant ses mots lentement, ses yeux s’ouvrant et se fermant comme il parlait, sa tête légèrement penchée comme s’il se concentrait sur ses pensées.  « La Terre a un cœur. Toute chose a un cœur, un esprit et un cœur. Quand vous prenez un avion pour venir ici, vous devez passer suffisamment de temps sur le terrain pour en ressentir le cœur. Oui, c’est important. Et vous avez manqué le record que de très peu. Dans un lieu nouveau – vous devez comprendre cela – vous devez être sur le sol bien plus tôt que le jour où vous courez.»

J’ai souri et hoché la tête, ayant l’habitude de la manière dont Sri Chinmoy expliquait les choses. Mais mes coéquipiers étaient un peu stupéfaits. Ils n’ont pas dit grand chose à Sri Chinmoy. Ils se sont contentés d’observer.

Sri Chinmoy m’offrit un gâteau d’anniversaire, une semaine plus tôt que mon anniversaire, mais il tenait à ce que je le reçoive. Sri Chinmoy  nous souhaita bonne chance pour le reste de notre voyage, et puis ce fut tout.

De retour dans ma chambre, Joe, Floyd et Leroy tombèrent d’accord sur un résumé en un seul mot de ce qu’ils venaient de voir : « Intéressant. »

Avant d’aller à Tokyo en août 1991 pour les championnats du monde, Carl Lewis dit à Sri Chinmoy : « Je vais suivre votre conseil et m’y rendre deux semaines plus tôt. » À ces jeux, Carl Lewis établit un nouveau record du monde en 9,86 secondes pour cent mètres à un âge exceptionnellement tardif ( pour un sprinter ) de trente ans.

Carl Lewis offrit sa victoire, ce nouveau record du monde, à son père Bill qui était décédé un an plus tôt. À son retour en Amérique, Carl Lewis, accompagné de sa mère et de sa sœur, rendit visite à Sri Chinmoy à New York. Sri Chinmoy les reçut avec les mots suivants :

« Je suis tellement fier de vous parce que vous avez offert votre victoire à votre père. C’est la preuve que vous croyez en l’esprit. Un être humain ordinaire dirait, « Oh, mon père n’est plus là. » Mais vous avez maintenu une connexion intérieure si forte, si puissante avec le cœur de votre père. Cela signifie que vous avez maintenu la liaison entre la Terre et le Ciel.

Votre cœur attire de la force cosmique, de l’énergie cosmique, de la lumière cosmique d’En-Haut. Vous avez plusieurs amis intérieurs, mais ils sont invisibles. Je les appelle des forces divines. Elles travaillent avec tant de force et de succès en vous et à travers vous. Lorsque vous sautez ou courez, il y a tant d’énergie cosmique, de lumière cosmique et de pouvoir cosmique qui viennent s’ajouter à votre capacité physique et vous aident. Vous ne pouvez voir ces capacités invisibles que si vous utilisez l’œil intérieur, le troisième œil. En utilisant votre œil intérieur, vous verrez que vous avez beaucoup d’amis qui meurent d’envie de vous aider. C’est parce que votre victoire est leur victoire, tout comme leur victoire est votre victoire. Mais si vous ne voulez dépendre que de l’aide terrestre, cette aide intérieure ne vient pas à vous. »

 

Le voyage mystique de Sri Chinmoy dans le monde de l’haltérophilie

Extrait de « Sport et Méditation » de Sri Chinmoy.

 

1500-calf-raise-copyLa force intérieure

Il y a un très grand nombre de personnes sur terre qui ne croient pas en la puissance intérieure ni en la vie intérieure. Ils pensent que la force extérieure et la vie extérieure sont tout ce qui compte. Je ne suis pas de leur avis. Il y a une vie intérieure ; il y a un esprit et ma capacité de soulever ces poids lourds prouve qu’il peut agir également dans la matière.

Dans ma vie, la course n’a pas d’égale ; elle est incomparable. Le soulever de poids n’a jamais été mon fort. Dès mes plus jeunes années, je n’ai pas aimé le culturisme et l’haltérophilie. J’étais un sprinter et un décathlonien, et je ne m’intéressais absolument pas à l’haltérophilie. C’était quelque chose de totalement étranger pour moi. Mais l’année dernière (1985), j’ai commencé à soulever des poids parce que j’en ai ressenti l’ordre intérieur. À une personne qui prie et médite sincèrement, quelqu’un en lui parle et lui dit quoi faire et ne pas faire. Vous utilisez le terme de « Dieu », moi, je l’appelle mon « Pilote intérieur ». J’écoute toujours les ordres de mon Pilote intérieur et Il m’a demandé d’entrer dans le monde de l’haltérophilie. Ça, c’est la raison principale, la raison intérieure qui m’a fait commencer l’haltérophilie.

Mon but

La gloire et la renommée, ce que la plupart des gens recherchent, ne sont pas mon objectif. Je ne veux que manifester la Volonté de Dieu, pour démontrer que l’esprit peut se manifester dans le corps et à travers le corps. Mon but n’est pas de devenir un culturiste ou un haltérophile du plus haut niveau. Si ce que je fais est considéré sans précédent, tant mieux. Mais je ne poursuis pas un record mondial en tant que tel. Je ne cherche pas à tout prix à battre un record du monde —loin de là ! J’essaye de me transcender. Ensuite, cela dépendra de la Volonté du Suprême si je fais un peu mieux que d’autres. Je veux augmenter mes capacités, je veux aller plus loin, toujours plus loin, pour inspirer d’autres à en faire autant.

Faire descendre la lumière dans l’inconscient

En soulevant des poids lourds, j’accomplis parfois quelque chose de vraiment important sur le plan physique : il s’agit de faire descendre la lumière dans l’inconscient. Le mental n’est rien d’autre que de l’inconscient et faire descendre de la lumière dans la matière est une tâche des plus difficiles. L’entrée de la lumière dans l’inconscient est un accomplissement suprême pour l’humanité parce que l’inconscient se bat toujours contre la lumière.

Avec la force de ma prière et de ma méditation, j’ai été capable de construire ma force et d’accomplir quelque chose en 15 mois, ce qui autrement m’aurait pris 30 ou 40 ans à réaliser. Ou peut-être n’aurais-je jamais été capable du tout de faire tout cela. Mon message est donc le suivant : si l’on a besoin de force, la manière la plus rapide et la plus efficace de l’obtenir est de trouver sa force intérieure à travers la prière et la méditation. Je n’ai pas le monopole de la force intérieure. Tout le monde la possède ; il suffit de la faire venir en avant. La force physique, en comparaison avec la force spirituelle n’est rien, absolument rien.

Progression du soulever d’un seul bras

Sri Chinmoy fit des progrès spectaculaires dans le soulever d’un seul bras, passant de 40 livres en juin 1985 à plus de 7 000 livres (3 175 kg) un an et 7 mois plus tard. Au début, au bout de trois mois, il avait augmenté son soulever de 60 livres (27 kg) , puis ajouté 600 livres (272 kg) dans les deux mois suivants. Moins de quatre semaines plus tard, il soulevait 2 000 livres, (90 kg) puis 3 000 livres (1 360 kg) deux mois plus tard. Enfin, dans une explosion finale, pas plus de dix jours plus tard, il fit bouger un haltère de 7 000 livres (3 715 kg) du bras droit.

Prenons une personne qui peut soulever 60 livres (27 kg) avec sa seule force musculaire. Si cette même personne prie et médite pendant quelques minutes avant de soulever, il aura la force, non seulement de son corps, mais également de son mental et de son vital. Pour l’instant, il ne s’aide que de son physique. Il ne reçoit pas de détermination intérieure du vital ou de cette immense puissance de volonté que l’on trouve dans le mental. Il n’est même pas conscient de ces choses. Mais dès qu’il priera et méditera, il ressentira immédiatement que son mental possède une énorme puissance de volonté, une énorme puissance de concentration. Quand il pensera à son vital, il le verra plein de détermination. Et son corps sera plein d’énergie. Il sentira toutes ces bonnes qualités lorsqu’il priera et méditera. Il ressentira que son vital, son mental, son cœur et son âme sont tous des amis de son corps, et il gagnera leur aide. Lorsqu’on a des amis, ces amis viennent nous aider en cas de besoin. Le soulever de poids devient évidemment bien plus facile.

J’essaie d’inspirer les gens qui ne prient pas

J’essaie d’inspirer les gens qui ne prient pas et ne méditent pas. Je leur dis que tout le monde a un vital, tout le monde a un mental, tout le monde a un cœur, tout le monde a une âme. Mais ils n’utilisent pas ces membres de leur famille intérieure comme moi. Si je ne devais dépendre que du physique, je ne pourrais pratiquement rien faire. Je peux soulever ce que je soulève parce je m’aide de la force que j’ai au fond de moi. Mes amis sont le vital, le mental, le cœur et l’âme, et ils m’aident de l’intérieur. Ils sont mes amis intérieurs. Alors je dis à tous ceux qui ne sont pas encore conscients de leur vie intérieure que la force intérieure est quelque chose de réel. Ils pourront augmenter énormément leur capacité s’ils prennent aussi l’aide de leurs amis intérieurs.

Je m’efforce de rendre service d’une manière ou d’une autre à ceux qui veulent faire un pas en avant. Ils n’ont pas besoin de soulever deux mille livres, mais ils recevront peut-être l’inspiration que j’offre et feront l’effort de faire quelque chose dans leur vie qu’avant, ils pensaient être trop difficile, voire impossible à faire. Dans n’importe quel domaine, ils peuvent être inspirés à faire quelque chose mieux qu’ils ne l’ont fait jusqu’alors.

Mon physique n’est pas celui d’un haltérophile

On voit que mon physique n’a rien à voir avec celui des culturistes professionnels. Leurs biceps font 55 cm tandis que les miens en font à peine 35 cm, et leurs mollets font 45 à 50 cm alors que les miens en font 34. Et pourtant, je peux soulever des poids que beaucoup d’entre eux ne peuvent soulever. Qu’est-ce que cela prouve ? Cela prouve que l’esprit intérieur, ou la puissance mentale et psychique peut être d’une grand aide au corps lorsqu’ils sont mis en avant. Sinon mon corps physique ne pourrait jamais soulever ce genre de poids. Ce sont ma vie de prière et ma vie de méditation, qui, par la Grâce de Dieu, me permettent de faire cela.

Je donne cent pour cent de crédit à ma vie de prière et à ma vie de méditation. Dans mon cas, il ne s’agit pas de 99,50 pour cent ni de 99,75 pour cent, mais bien de 100 pour cent. Lorsque j’ai soulevé le poids de mon corps du bras gauche, puis du bras droit, je sais que si mon Guide intérieur ne m’avait pas protégé, je l’aurais lâché ou je n’aurais même pas pu le soulever. Dans tout ce que je fais, je dépends de Sa Grâce, de Sa Compassion et de Sa Protection.

Si Dieu nous accorde Sa Compassion de par Son infinie Bonté, y a-t-il quoique ce soit que nous ne puissions faire ? Je suis une goutte, mais dès l’instant où j’entre dans l’océan, je deviens l’océan. De même ma volonté finie, ma capacité finie ne sont pratiquement rien, mais dès l’instant où je m’identifie avec la Volonté infinie de Dieu, je suis capable d’accomplir tellement. Sinon, comment pourrais-je même imaginer soulever de tels poids à mon âge ? Je serais le premier à en douter. Mais par ailleurs, je sais que je ne l’ai pas fait, ce n’est pas moi qui l’ai fait. Qui l’a fait ? C’est Dieu, mon Pilote intérieur. Il est infini, éternel et immortel. Pour Lui, c’est facile de faire ce genre de choses. Je lui accorde 100 pour cent de crédit pour tout ce que je fais. Je sais ce que je peux faire : je ne peux rien faire. J’ai écrit des milliers de poèmes, composé des milliers de chants et peint des milliers de peintures, mais je sais que c’est Sa Grâce inconditionnelle qui m’a permis à chaque instant de faire ces choses. Je ne les mérite pas. Je sais qu’il y a plein de gens infiniment plus talentueux que moi, mais par Son infinie Compassion, Il m’a choisi.

Dans le monde du culturisme et de l’haltérophilie, regardez les biceps et les triceps des champions. Comme ils sont énormes ! Mais lorsqu’il s’agit de soulever des poids, peut-être n’invoquent-ils pas la Puissance supérieure, la Puissance suprême.

« À l’âge de 73 ans, il fait des choses que je ne pouvais même pas faire lorsque j’étais au mieux de ma forme ou que je n’aurais même pas tenté de faire à l’époque, et que je ne tenterai certainement pas maintenant. Il a eu recours à un Être bien supérieur qui l’a aidé à accomplir ce qu’un culturiste moyen n’a jamais pu faire. Ce sont ses exploits de force, combinés à son amour qui ont eu un tel impact sur le monde. »—Bill Pearl (USA), Cinq fois Mr. Universe, Homme le mieux bâti du Vingtième Siècle

Je prie et je médite afin d’établir mon unité avec chaque être humain du monde entier. Mon soulever de poids repose entièrement sur l’unité de mon cœur avec le monde. La force physique n’égale pas et ne peut égaler la force de l’unité du cœur.

Nous parlons de paix, mais parler de paix n’est pas la réponse. La réponse est dans l’incarnation de la paix. La réponse est dans la révélation de la paix. La réponse est dans l’offrande de la paix au monde entier. Nous devons commencer par incarner la paix, puis la révéler et l’offrir au monde entier. Voilà ce que j’essaye de faire avec mon soulever de poids.

Défier l’impossible

Lorsqu’on vit dans le cœur, l’impossible n’existe pas.

L’impossible est un mot que l’on peut trouver dans le dictionnaire. Mais ce mot, nous ne le trouvons pas dans le dictionnaire de notre cœur. Notre cœur ne reconnaît pas ce genre de mot. Dans notre cœur, nous élargissons constamment notre propre réalité et nous grandissons du fini à l’infini. Là, ce que nous rêvons aujourd’hui devient la réalité de demain.

Il y a la réalité du mental et la réalité du cœur. Lorsque nous vivons dans la réalité du mental, nous nous séparons constamment des autres. Nous ne chantons qu’un seul chant ; moi et mien. Nous ne connaissons qu’une seule vérité : la vision. Lorsque nous vivons dans le cœur, nous nous développons constamment par la force de notre unité avec tout ce qui se trouve autour de nous. Il n’y a pas de division dans le cœur ; tout n’est que multiplication. À chaque instant, nous multiplions nos capacités et notre divinité intérieures.

Si je demande à mon mental si je peux soulever sept mille livres, il me répondra aussitôt : « impossible ! »  Je n’ai besoin de personne d’autre pour douter de mes capacités. Mon propre mental est de loin le meilleur sceptique. Il fera le travail mieux que quiconque. Mais lorsque je suis dans le cœur, avec le cœur et pour le cœur, l’unité du cœur ne laisse aucune place à l’impossibilité. Lorsque je suis dans le cœur, je m’identifie avec chaque être humain sur terre. Si d’innombrables êtres humains sont avec moi et pour moi, soulever sept mille livres n’est pas une tâche difficile. À travers ma prière et ma méditation, je peux étendre mon amour à tous mes semblables du monde entier et entrer dans la Conscience Universelle. Pour la Conscience Universelle, soulever 7 000 livres  ( 3 175 kg ) est une bagatelle. Cela revient à soulever un grain de sable.

Nous prions et méditons pour ne pas rester dans la réalité mentale qui nous divise constamment. Nous voulons uniquement rester dans la réalité du cœur qui revendique le monde entier comme sien. En restant dans le cœur et en chantant le chant de l’unité universelle, nous pouvons tout accomplir. La capacité de notre cœur transcende de loin la capacité de la science. Notre vie de prière et notre vie de méditation peuvent nous emporter loin, loin au-delà du domaine de la capacité scientifique.

La toute première chose que je fais avant de soulever des poids importants, c’est rendre mon mental absolument calme et silencieux. Un mental complètement silencieux, c’est là ma clé secrète et sacrée pour réussir et progresser. Une fois que l’esprit est en paix, l’impossibilité n’existe plus.

Avant de soulever, je ne pense pas du tout parce qu’en général, la pensée affaiblit. Lorsqu’on soulève des poids lourds, on a besoin de puissance de concentration. Prenons un exemple : je suis dans ma chambre et j’entends frapper à ma porte. Je n’ai aucune idée si ce sont des amis ou des ennemis. Alors que fais-je ? Je me dis : « Je vais d’abord terminer ce que j’ai à faire. Si mes visiteurs sont mes véritables amis, ils attendront. Si ce sont des ennemis, ils diront : « C’est indigne de nous de perdre notre temps précieux ici » , et ils partiront. Par contre, mes bons amis seront compréhensifs et se diront : « Il a peut-être quelque chose d’important à faire et c’est pourquoi il n’ouvre pas la porte. » Et ils m’attendront indéfiniment. »

Lorsque je soulève des poids lourds, je ne permets à aucune pensée, bonne ou mauvaise, d’entrer en moi. Je prie simplement pour la Grâce de Dieu et puis je me soumets à Sa Volonté. Je joins les mains et dis : « Je voudrais devenir Ton instrument fidèle et dévoué. » La puissance humaine est tellement limitée : seule, elle ne peut soulever que quelques livres. C’est la Puissance divine qui se trouve en moi et que je fais venir en avant grâce à ma vie de prière, qui m’a permis de passer de 40 à 7 000 livres.

Nous devons croire en une Puissance plus élevée. Si nous ne croyons pas en une Puissance plus élevée, nous ne pouvons pas aller au-delà de notre capacité. C’est comme un jeu de tir à la corde. Pour deux individus seuls qui s’affrontent, cela peut être difficile lorsqu’ils ont la même force. Mais si d’autres personnes viennent à leur secours et commencent à tirer ensemble, chaque équipe aura plus de capacité. De la même façon, lorsque je prie et médite, j’ai le sentiment que quelqu’un d’autre m’aide, alors qu’un homme ordinaire pense qu’il ne peut compter que sur lui-même. Lorsqu’il se trouve sous le poids, il pense qu’il soulève tout par lui-même. Il s’est entraîné pendant des années, a développé sa force et maintenant, il pense que tout dépend de sa force physique. Mais dans mon cas, je me sens simplement comme un instrument. Il y a une autre puissance qui vient m’aider. Je l’appelle la Grâce de Dieu.

N’abandonnez jamais !

Chaque jour, je travaille pour atteindre mon but. De la même façon, dans la vie spirituelle, vous devez être très régulier pour faire des progrès. Combien régulièrement j’essaye de soulever des poids lourds, mais combien c’est difficile pour moi ! N’abandonnez pas ! Pour atteindre votre but, soyez régulier, soyez déterminé, soyez joyeux ! N’abandonnez pas, N’abandonnez pas ! Continuez, continuez ! Le but est devant vous. Si vous n’abandonnez pas, vous atteindrez sûrement votre but destiné.

Plus notre but est élevé, plus nous avons besoin de patience.

Durant l’été 1986, Sri Chinmoy rencontra une période difficile alors qu’il tentait de soulever 303 livres ( 137,44 kg ).

J’ai échoué 213 fois. J’ai échoué et échoué tant de fois. Mais maintenant, j’essaye de soulever 320 livres. Dieu seul sait combien de jours cela me prendra. Ce que j’ai fait hier était un record personnel. Mais je me défie tout le temps. C’est aussi ce que j’enseigne à mes élèves ; défiez vous toujours, ne défiez personne d’autre. C’est de la stupidité de notre part de vouloir rivaliser avec les autres. Si je pense que je suis le meilleur boxeur, je n’ai qu’à me retourner pour voir Muhammad Ali. Dans n’importe quel domaine, celui qui se proclame le meilleur, je vous le dis, est stupide, parce qu’en un rien de temps, quelqu’un débarquera de nulle part et le battra. Mais si on ne se défie que soi-même, on reste non seulement le champion présent, mais également le champion futur.

Aujourd’hui, j’ai soulevé 300 livres ( 136 kg ). Il n’y a pas de compétition ; il n’y a que du progrès, et c’est le progrès qu’on recherche. On ne peut dépendre du succès, parce qu’il y aura toujours quelqu’un qui viendra tourner notre succès en quelque chose d’insignifiant. En vivant dans le monde du succès, on finit toujours par être condamné à la frustration. Mais en vivant dans le monde du progrès, on trouve toujours une joie immense. Cette joie ne provient pas seulement de la transcendance de ses capacités, mais de son effort. Si par exemple je me suis fixé comme but 300 livres et que je n’y arrive pas, le seul fait de m’être entraîné et entraîné avec dévotion me donne de la joie et la ténacité de la persévérance dont je fais preuve est en soi un progrès. Tout ce que nous faisons avec dévotion et ferveur nous aide à faire des progrès.

Nous devons donc toujours nous défier nous-mêmes dans tous les domaines. Si j’ai beaucoup de doutes, je prierai et méditerai pour minimiser et réduire mes doutes et ce sera là mon progrès. Si j’ai dix désirs —je veux une Cadillac, trois maisons, etc.—, je réduirai mes désirs à neuf, puis huit, et ainsi de suite jusqu’à un seul désir, voire aucun désir. C’est ainsi que l’on peut établir la paix dans son esprit. Si nous avons un tant soit peu de sagesse, nous essayerons de minimiser nos nécessités terrestres et d’augmenter nos nécessités célestes. Nous essayerons de devenir des êtres meilleurs grâce à notre vie de prière et de méditation en diminuant nos mauvaises qualités comme la jalousie, l’insécurité et l’impureté. Et par ailleurs, si nous avons une goutte de pureté ou une goutte d’amour, nous essayerons de les augmenter. Nous essayerons toujours d’augmenter les qualités et de réduire les défauts.

Pour cela, nous devons accepter le monde et vivre dans le monde. Ici sur terre, chacun d’entre nous doit devenir bon. Si nous pouvons devenir bons et laisser nos mauvaises qualités derrière nous, le monde entier fera des progrès en même temps que nous avancerons plus loin, plus profondément et plus haut. De cette manière, chacun pourra contribuer à faire de ce monde un monde meilleur.

Conseils pour les haltérophiles et les culturistes

Concentrez-vous avant de soulever

Les débutants ne devraient pas du tout méditer ; ils devraient uniquement se concentrer. Pour un débutant absolu, la méditation est un processus difficile. Un débutant doit commencer par apprendre la concentration. Lorsqu’il se concentre, sa concentration doit porter sur la partie la plus petite du poids qu’il tente de soulever. Si par exemple, je tente de soulever 200 livres, il y a 100 livres de part et d’autre de la barre. Lorsque je me concentre, je porte toute mon attention sur mon poignet ou sur ma main et j’essaye de ressentir tout le poids à cet endroit. Je ne pense pas aux poids de chaque côté de l’haltère. Tout doit être ressenti à l’endroit où je me concentre. Pendant que je me concentre, je dois avoir le sentiment que le poids est tout petit, même s’il est énorme.

Respirez profondément

Il vaut toujours mieux respirer profondément et non pas légèrement. Avant de soulever des poids vraiment importants, je prends trois inspirations très profondes. Le mieux, c’est de ressentir le souffle ou l’énergie vitale dans le cœur spirituel et dans le front. Pendant que vous vous concentrez, vous pouvez sentir la même énergie vitale dans votre poignet ou dans votre paume. C’est cette énergie vitale qui nous permet de soulever.

L’athlète intérieur, la course intérieure et la course extérieure

ckg-course-arriv

Extraits de « Sport et Méditation » de Sri Chinmoy, Editions La Flûte d’Or

La course extérieure et la course intérieure

La course extérieure est un succès extraordinaire au sommet de la montagne. La course intérieure est un progrès exemplaire le long de la route ensoleillée de l’Eternité. Le succès est l’acceptation prête et immédiate des défis rencontrés au cours des difficultés cachées. Le progrès est l’acceptation fervente et reconnaissante de la joie qui nous bénit d’une prospérité insondable.


La course extérieure est aussi importante que la course intérieure. Un marathon mesure quarante deux km. Disons que nous avons fixé notre but ultime à quarante kilomètres. Lorsque nous avons commencé à courir, nous ne pouvions pas courir cette distance. Mais en pratiquant chaque jour, nous avons développé davantage d’énergie, de rapidité, de persévérance, et ainsi de suite. Progressivement, nous transcendons notre capacité pour finalement atteindre notre but.

On peut dire que notre prière et notre méditation sont notre course intérieure.

Si nous prions et méditons chaque jour, nous augmentons notre capacité intérieure. La capacité du corps et celle de l’âme, la vitesse du corps et celle de l’âme vont ensemble. L’âme court le long de la route de l’Eternité, de l’Infini et de l’Immortalité. La course à pied et la forme physique nous aident dans notre vie intérieure d’aspiration comme dans notre vie extérieure d’activité.

La seule différence entre la course extérieure et la course intérieure est que dans la course intérieure, il n’y a aucune destination ou but fixes. Dans la course extérieure, dès que j’ai couru cent mètres, par exemple, la course est terminée. Je n’ai peut-être pas gagné, mais j’ai atteint mon but. Par contre, dans la course intérieure, nous sommes des coureurs de l’Eternité. Du fait que nous prions et méditons, nous savons que nous avons trois amis : l’Eternité, l’Infini et l’Immortalité. Parce que nous appartenons à l’Eternité, à l’Infini et à l’Immortalité, notre voyage n’a ni naissance ni mort ; il n’a  ni commencement ni fin. Nous avons déjà commencé notre voyage et nous ne l’achèverons jamais. Tout au long du chemin, nous pouvons avoir quelques buts temporaires. Mais aussitôt ces buts atteints, ils ne font que devenir les points de départ de nouveaux buts plus élevés.

Où se trouve notre But ?

Non pas dans le ciel bleu, non pas dans le vaste océan, non plus dans le lointain désert ; il se trouve profondément en nous, dans les profondeurs mêmes de notre cœur. Notre cœur spirituel est infiniment plus large que le monde. Le monde croît et coule dans le cœur spirituel. Si nous pouvons avoir le sentiment que notre cœur aspirant est le souffle vivant du Suprême, nous ne manquerons pas de ressentir que notre but le plus cher est en nous et non pas en dehors de nous.

À chaque instant, nous courons pour devenir quelque chose de grand, de sublime, de divin et de suprême. En devenant, nous avons le sentiment d’être en train d’atteindre notre But ultime. Mais le but d’aujourd’hui n’est que le point de départ de la nouvelle aube de demain. À chaque instant, nous transcendons nos accomplissements précédents : nous transcendons ce que nous avons et ce que nous sommes.

Une métaphore de la course intérieure

Chaque jour, lorsque le jour point, il faudrait ressentir que nous avons quelque chose de nouveau à accomplir. Nous courons, et chaque jour, nous avançons. En aspirant, nous nous maintenons constamment dans le processus de la course. Lorsque nous commençons notre voyage le matin, disons-nous qu’aujourd’hui est la continuité du voyage d’hier : nous ne devrions pas considérer aujourd’hui comme un tout nouveau commencement. Et demain, disons-nous que nous avons parcouru un autre kilomètre. Il faudrait avoir chaque jour le sentiment d’avoir parcouru un kilomètre de plus. Ainsi saurons-nous qu’un jour nous atteindrons notre But. Même si notre vitesse décroît, nous devons continuer à courir et ne pas abandonner en cours de route. Lorsque nous aurons atteint notre But, nous verrons que cela en valait la peine.

La course à pied et le Jeu de la Vie

La vie et le sport ne peuvent être séparés ; ils sont un. En fait, la vie elle-même est un jeu. Ce jeu peut être extrêmement bien joué à condition que le joueur développe consciemment ou inconsciemment la capacité d’invoquer l’énergie transcendantale qui se manifeste constamment dans l’action. Dans le jeu de la vie, chaque âme court consciemment ou inconsciemment vers le but de la perfection intérieure.

La spiritualité est une route à sens unique qui vous conduit à votre but. Une fois embarqué pour votre voyage, vous ne pouvez pas revenir en arrière. Votre point de départ a disparu. Une fois que l’évolution commence, à quelque niveau que ce soit, on ne peut revenir au point initial.

La spiritualité est une imploration intérieure pour la Source. La spiritualité est une imploration intérieure, une décision intérieure et une détermination intérieure pour la perfection. Être spirituel, qu’est-ce que cela signifie ? Être spirituel signifie être normal, naturel et spontané. Cela signifie que nous aspirons à la perfection dans notre corps, dans notre vital, dans notre mental et dans notre cœur.

Chercher la Source de notre existence

Si vous croyez en la création, ne chercherez-vous pas le Créateur ? Si vous voyez une montre qui indique l’heure correctement, vous pouvez vous contenter de la montre et ne pas aller plus loin. Mais si vous voulez comprendre comment la montre fonctionne, n’irez-vous pas trouver l’horloger ? De la même façon, il y a des millions et des milliards de gens sur terre qui sont satisfaits du monde tel qu’il est. Mais il y en a qui ne sont pas satisfaits. Ceux qui ne sont pas satisfaits veulent aller au fond d’eux-mêmes et trouver la source ou la cause des souffrances de ce monde. Lorsqu’ils vont à la Source, ils voient qu’elle est toute lumière et félicité. Cela dépend de vous. Vous pouvez être satisfait de ce que vous avez. Et puis vous pouvez vous demander : « Qui me donne cela ? »  Supposons que vous ayez couru votre meilleur marathon dimanche dernier et cela vous a donné beaucoup de joie. Vous pouvez vous demander : « C’est bien, mais qui m’a donné cette joie ? Qui m’a donné la capacité de courir ? » Si vous vous dites que votre corps, votre vital, votre mental et votre cœur sont ceux qui vous ont donné la capacité, alors qui leur a donné cette capacité ? Quelqu’un d’autre l’a fait. Une fois que nous cherchons cette autre personne, nous voyons qu’elle n’est autre que notre propre réalité la plus élevée. Un cerf court dans tous les sens à la recherche de la source du musc qu’il sent. Mais le musc est dans le cerf lui-même. Nous cherchons quelqu’un. Nous pensons qu’il s’agit d’une tierce personne. Mais lorsque nous voyons cette personne, nous réalisons qu’elle est notre propre réalité dans sa forme la plus élevée.

Où se trouve la victoire la plus grande ? La victoire la plus grande se trouve dans la découverte de soi.

Atmanam Viddhi : connais-toi toi-même. Il n’y a pas de victoire plus grande que la connaissance de soi.

Nous sommes des morceaux d’argile. Mais qui a donné forme à cette argile ? Lorsque nous voyons un bol, nous savons que quelqu’un l’a fait. Il n’est pas sorti de rien. Nous devons aller à la Source. Le pot de terre n’est pas l’ultime réalité. Quelqu’un l’a façonné. Ce quelqu’un n’est autre que celui que nous cherchons. Nous pouvons l’appeler la Réalité ultime, nous pouvons l’appeler Dieu, ou bien par un tout autre nom. Mais nous devons donner crédit à quelqu’un ou à quelque chose. Et lorsque nous avançons vers l’objet de notre quête, au bout d’une longue recherche, nous réalisons que ce que nous avons cherché était notre propre Soi le plus élevé. Le plus élevé en nous était recherché par notre partie la moins élevée.

Il y a quelque chose en nous, un sentiment d’urgence intérieure qui nous inspire à sortir pour aller courir. Qui nous a donné ce sentiment ? À nouveau, nous devons aller à la Source. Les questions ne cessent pas tant qu’on ne plonge pas profondément en soi. C’est alors qu’elles trouvent toutes leurs réponses. Mais cela ne se fait pas en une nuit. Comme vous le savez, il a fallu s’entraîner pendant des mois et des années pour accomplir le marathon. De même faut-il prier et méditer pendant des années si nous voulons couvrir de longues distances intérieures. C’est un processus qui dure toute une vie.

Aller au-delà ou la Transcendance de soi

Le but d’aujourd’hui doit être transcendé demain. Le but d’aujourd’hui est la pierre de fondation. Nous devons nous transcender à chaque instant et au moment où nous transcenderons, nous chérirons profondément en nous le message de la perfection. La transcendance de soi est le chant du progrès intérieur constant et du progrès extérieur constant.

Je n’ai pas de but fixe : mon but est la transcendance de soi.

J’essaie toujours de me transcender. Je ne me mesure pas avec le reste du monde. Je ne me mesure qu’à moi-même et j’essaie de devenir une personne meilleure. Tel est mon but ultime.

Le monde recherche la vitesse, alors nous devons prouver que nous sommes les plus rapides. Comme j’aimerais que tous les hommes courent plus vite que tout, à une vitesse inimaginable, vers le but de l’Eternité qui se transcende constamment. Une fois atteinte la Hauteur transcendantale la plus élevée à notre vitesse la plus rapide, et une fois que nous commencerons consciemment à servir notre Pilote suprême à chaque instant, à ce moment-là, nous pourrons créer une toute nouvelle création et nous la créerons. À ce moment-là, il n’y aura qu’une seule réalité, un seul chant : le chant de la transcendance de soi. Il n’y aura plus de ring de boxe où la puissance fera loi. Il n’y aura pas de destruction. Pour prouver notre suprématie, nous n’aurons qu’à nous transcender de la manière dont le Suprême Absolu Se transcende Lui-même. Le secret suprême ou le but suprême consisteront à transcender nos propres capacités. Nous n’essaierons pas de battre les autres. Nous essaierons uniquement de nous transcender constamment. De cette manière, nous trouverons la satisfaction suprême et nous offrirons une satisfaction suprême au monde intérieur comme au monde extérieur.

Je n’abandonne jamais

Lorsque j’atteins un certain niveau, si la volonté du Suprême est pour moi de n’atteindre que ce niveau particulier, alors j’abandonne. Sinon, je n’abandonne jamais. Je continue, continue, continue tout le temps en essayant de transcender mes propres limites. Mon but est toujours d’aller au-delà, au-delà, au-delà. Il n’y a aucune limite à nos capacités, parce que nous avons le Divin infini en nous, et que le Suprême transcende toujours Sa propre Existence-Réalité. Ainsi mon seul but est-il le progrès, et le progrès n’a pas de fin.

Lorsque vous atteignez un certain niveau, demandez-vous : « Y a-t-il quelque chose de plus à faire ? »  et puis faites-le.

Nous nous limitons tout le temps parce que nous ne ressentons pas qu’il y a quelqu’Un au fond de nous qui nous inspire, nous guide, nous façonne, nous forme et nous emmène vers une Réalité qui ne cesse de se transcender. Lorsque nous pensons à nous, nous nous voyons avec des capacités très limitées. Lorsque nous sommes dans le corps, le mental ou le vital, tout est tellement limité. Nous sommes enfermés dans une cellule de prison. Mais lorsque nous sommes dans l’âme, nous sommes dans le domaine de l’illimité.

Ce que le Suprême essaie de faire, c’est d’amener le fini en nous ou le petit frère en nous, à suivre le grand frère en nous, l’âme. Notre vie extérieure essaie de courir cote à cote avec notre vie intérieure. Notre vie intérieure coule éternellement en nous et à travers nous, et nous essayons de faire venir en avant ses capacités illimitées. Lorsqu’un de mes étudiants court mille miles ou lorsque je dessine trois millions d’oiseaux, nous essayons d’entrer dans la Source illimitée que nous avons tous en nous et que nous sommes effectivement. Nous essayons de faire venir en avant nos capacités illimitées.

La transcendance de soi apporte le message du bonheur.

La transcendance de soi nous donne de la joie en abondance. Chaque fois que nous surpassons nos accomplissements précédents, nous trouvons de la joie.

Il y a de nombreuses manières de se transcender, mais les deux plus importantes sont l’humilité et la conscience. Nous essayons de cultiver l’humilité, une véritable humilité fervente. C’est à travers l’humilité que nous acquérons la puissance de la réceptivité. Lorsque nous avons acquis la puissance de la réceptivité, la Paix, la Lumière et la Béatitude descendent sur nous en abondance, et nous pouvons incarner ces attributs divins sans aucune difficulté.

Nous devons être conscients de notre Source.

Notre Source est inondée de Lumière et de Félicité. Lorsque nous sommes tentés de faire quelque chose de non divin, si nous pouvons être conscients de notre Source, qui est toute Lumière et Félicité, nous recevons un message intérieur qui nous empêche de mal agir. Nous nous disons alors qu’il est indigne de nous de nous prélasser dans les plaisirs de l’ignorance et de nager dans l’océan de l’obscurité. Voilà ce que nous obtenons de l’éveil constant de notre conscience, et c’est la seule manière d’établir un libre accès à notre propre divinité, à notre propre félicité la plus élevée.

Pour nous transcender, nous pouvons marcher, soit le long de la voie de la véritable humilité, soit le long de la voie de l’éveil de notre conscience. La transcendance est satisfaction ; la satisfaction et la perfection sont les deux cotés de la même pièce. En devenant parfaits, nous sommes heureux, et en même temps, en étant heureux, heureux avec ferveur, nous pouvons devenir une perfection fertile.